15/03/2008

Ghana (fin)

Une journée dont je me rappellerais longtemps. Comme je n'avais quasiment rien fait d'autres que d'aller de réunions en réunions, je m'étais décidé à bouger de bon matin pour marcher tout seul alors que le soleil n'était pas encore trop méchant avec les pti blancs qui sortent de l'hiver.

J'avais vu en photo le phare d'Accra, et je ne sais pas pourquoi j'avais décidé de le rejoindre à pied. Direction donc la mer au travers des marchés déjà bien rempli, dans des coins où les touristes vont pas trop. En arrivant enfin à la mer, je vois ce paysage là:

 Et en effet, on voit le phare là-bas au bout, mais ce que je vois aussi ce sont les bateaux de pêches en bois.

 Le problème c'est que pour aller jusqu'à la-bas faut revenir dans les terres pour éviter le "caillou" à droite là juste devant le..... Waaaah mais c'est un vieux port en fait!     

  Ayant définitivement validé l'idée d'aller voir là-bas de plus près, je recoupe par un autre chemin pour regagner le monde goudronné, pas franc franc parce que les quartiers informels, c'est pas forcément la joie et que je veux pas passer pour un voyeur de blanc qui n'a rien à faire là. Ma technique c'est de marcher d'un pas décidé (enfin semi-décidé à l'africaine, fait chaud hein quand même faut pas forcer) comme si je savais pertinement où je suis et que j'ai quelque chose à y faire. Et un peu avant de rejoindre la route je me retrouve devant une paillote de rastas, avec un Ijahman qui m'interpelle d'un "Hey man" suivi d'un grand rire. Au cours de la discussion qui s'engage je lui explique que j'ai décidé de marcher vers le phare et de voir le vieux port. Il finit son joint (que j'avais refusé poliment parce que une taf sous 28°C à 8h00 du mat dans un quartier inconnu.... bof) me regarde et me lançe son I go with you. 

Et c'est parti on discute en marchant sous le soleil et quand je lui demande pourquoi tout le monde le salue quand on passe il m'explique qu'il fait partie d'une équipe de foot locale et qu'il est aussi batteur-choriste d'un groupe de Reggae connu dans le bled. Chemin faisant en parlant de la vie on arrive au phare et on descend sur la plage de débarquement des barques de pêche....

Et là c'est l'explosion de couleurs, de gens, de femmes qui viennent chercher le poisson dans des bassines pour le vendre ou le fumer. Je ne sais pas combien il y a de barques, peut-être 200. Des odeurs terrifiantes, des gamins dans le dos, des conditions de vie à la plus que méga dur. Des milans et des sternes qui tournent au dessus de tout ça. Et moi au milieu, déstabilisé, entre incrédulité, émerveillement, et cette honte un peu sourde d'avoir de la chance de vivre comme je vis. Et Kwasi avec son sourire et ses rires, qui sans vraiment comprendre ce que je vis m'ouvre la seule porte de sortie possible: "Viens on va les aider!". 

Le truc c'est que quand les barques accostent il faut les garer dans cet enchevrétement de barques en bois qui remplit la plage, et pour le faire il y a des cordes et des gars qui tirent. Et voilà que comme par magie en un instant je passe du côté des acteurs, tirer fort au rythme des chants, des sourires des autres gars morts de rire de voir le jeune blanc tirer en rythme. Hey!  La pêche et les poissons je connais après tout. 

Après 3 barques je suis en nage, j'ai des ampoules aux mains, je pues le poisson mais je suis heureux. Je refuse poliment de manger des bouts de crabes séchés au soleil (en fait pas mal de gars viennent échanger la force de leurs bras contre un repas) . On discute encore un peu sur la jetée avec les démeleurs et puis on s'en va. 

 Parce que parfois la vie est un échange simple, on ira ensuite au Cyber-café pour que j'aide Kwasi à ouvrir un compte Yahoo, afin qu'il puisse recevoir des mails d'un potentiel producteur pour son groupe et les rôles sont inversés. Tu cliques ici. Une fois ou deux fois? Pour ta date d'anniversaire, on va mettre la date de l'indépendance du Ghana. Bon je te note ton identifiant et ton password sur un papier, il faut pas que tu les perde hein?

Et c'est comme ça que se finit cette semaine au Ghana, demain départ pour Bamako... 

 

 

 

 

 

 

 

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14/03/2008

Ghana (3)

Ghana

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12/03/2008

Ghana (2)

Comme d’hab’ la vie de naturaliste en voyage amène bien des émerveillements, la faune est splendide, surtout quand tu penses aux 2h30 minimum de route qu’il nous faut d’habitude pour aller voir des vautours réintroduits. Là dès le matin ils profitent des pompes de chaleur pour s’élever au dessus de la ville et des alentours. Quelques milans, des hérons garde-bœufs, et plein de points d’interrogations sur des corneilles-corbeaux, des « trucs » à queue super longue qui ressemblent aux carouges à épaulettes quebecois, des chants inconnus etc.. Mais le trip naturaliste de la journée d'hier c’est un vol de milliers de Roussettes (faut que je vérifie mais elle m’ont paru un peu petites) aperçu d’abord de loin dans le taxi pour aller à l’Université, puis on se rapproche et elles sont partout dans les arbres le long de la route. J’ai pu admirer leur vol en contre jour, voir les ailes en transparence dans le soleil, remarquer leurs oreilles qui dépassent nettement et même entendre leurs cris, et admirer leurs batailles pour trouver leur place sur les branches alors que plein de congénères sont déjà branchés. La tête de mon taxi driver du jour valait bien celle de mon voisin de siège dans l’avion sur l’aspect incrédulité. (Bon restons calme, là ya mon client en costard cravate qui passe la tête à la fenêtre sous 35°C dans les embouteillages et qui rigole tout seul en voyant des chauve-souris…)

Ca c’est pour les joies simples de la nature, mais bon bien sûr le côté humain me travaille pas mal, niveau de vie galère et système D, mendiants et rapports parfois trashs entre les chauffeurs et les vendeurs de bricoles (de la croix de 30 cm de haut en plastique argenté aux chargeurs de téléphone en passant par les ballons de foot) qui sont aux milieux des voies de circulations. Et encore c’est la capitale… Mais au fur et à mesure on se blinde un peu, Oh bien sûr pas assez pour ne pas se dégoûter de l’aveuglement facile de notre part sur la situation réelle ici et dans beaucoup de pays, tout occupé à travailler plus pour gagner plus, tout en ne mesurant pas la chance de prendre ses RTTs. (pour ceux qui y arrivent ;-) )

« C’est surtout le problème de la couleur de peau qui s’est posé à moi de façon nouvelle. Je suis un blanc. En Pologne, en Europe je n’y avais jamais pensé. Cette observation ne m’est jamais venue à l’esprit. Ici en Afrique, elle devenait déterminante […] Un blanc. Le Blanc, c’est le colon, le pillard, l’occupant. J’ai envahi l’Afrique, j’ai envahi le Tanganyika, j’ai exterminé la tribu de celui qui se trouve en ce moment en façe de moi […] Oui en me regardant, il doit juste justement être en train de penser : « C’est un Blanc, il m’a tout pris, il a battu mon grand-père, violé ma mère. Il est là devant toi regardes le bien ! » […] L’esclavage, le colonialisme, cinq cent ans de discriminations, tel est en effet le triste bilan des blancs. » Ryszard Kapuszinski, 1957, au Ghana tout juste indépendant.

Et encore au moment où il écrit ça les polonais se sont pris 130 ans de « colonisation » de leur pays par des voisins blancs et commençaient juste à comprendre l’impact de la libération puis du « protectorat » du grand-frère Russe. Les français eux par contre…

Mais bon pour avoir eu une discussion sur ce thème cet après-midi avec des jeunes à la Fac de Kumasi, il est clair que les choses ont changé que beaucoup ont conscience maintenant des travers du système et qu'il aura fallu attendre plus de 35 ans pour avoir un président élu complétement démocratiquement dans un système multi-partis... 

Du coup  je me mets au diapason pour le boulot, la vraie difficulté c’est d’être pragmatique, je suis pas là pour échanger quelques soirées de rédaction de rapports et quelques (milliers-millions) d’euros contre 500 ans … ni pour équilibrer la balance. Juste tenter d’offrir une réponse à une situation donnée. Ici et maintenant. Et c'est déjà pas évident en soi.

11/03/2008

Ghana (1)

Bon allez comme j'ai une connexion pas mal à l'hotel et que je me suis fait remonter les bretelles parce que je partageais pas assez, j'en profite pour coucher rapidement sur le papier électronique des impressions en vrac.

L’avantage de sortir de l’avion sur le tarmac pour rejoindre un bus et non pas une passerelle directement connectée à l’aérogare, c’est cette première bouffée d’air que tu prends à la sortie de l’appareil. Je me rappelle encore physiquement une escale à Djibouti où à la sortie tu deviens instaténement trempé en 12s et de la chaleur qui te rentre par tous les pores et par le nez, et cette humidité qui te transforme en éponge.

Hier soir c’était un peu pareil mais en plus soft. Mais bon il faut dire qu'on suait déjà à grosse gouttes dans l'avion, à l'atterrissage à Accra un orage venait de finir, ce qui nous a valu une petite frayeur. Genre tu regardes ton voisin et tu lis dans ces yeux ronds un miroir d'incompréhension : "attends là... toute ma vie pour ça". 

Mais bon grâce au talent de notre pilote hollandais,  j'ai eu l'occasion de découvrir ce pays qui avait ouvert la voie à la longue liste de prise d'indépendance des pays africains colonisés, c'était en 57. 50 ans déjà! D'ailleurs je suis en train de lire "Ebène", de Ryszard Kapuscinski, l'histoire d'un journaliste polonais qui a couvert pour la presse polonaise toute la série de la prise d'indépendance des africains dans les années 60. Une sorte de connexion naturelle pour moi entre Varsovie et l'Afrique, ça s'invente pas.

Bref, ma première impression après 2 jours est vraiment pas mal, je perds mes 12 litres de sueur par jour grâce au climat, mais je reste d'un flegme (presque) britannique sous le soleil en costard cravate (rencontres dans les Ministères obligent) au milieu d'un marché où tu peux faire des photocopies. Ce document que je suis en train de photocopier j'ai galérer pour l'obtenir, après 45 minutes de discussions sur des généralités où je n'obtenais aucune information chiffrée et j'ai bien pensé que c'était mal barrée, mais après avoir tapé à différent bureaux (sans y croire vraiment) tout à coup alors que tout semblait mal engagé, un gars me tend le plan de travail 2008-2012 qui n'existe qu'en une seule version papier et qu'il est impossible de photocopier dans l'institution où je me trouve. Pourtant j'avais bien lu plein d'histoires sur la nécessaire patience du pti blanc en pays africain, mais les leçons ne s'apprennent vraiment qu'en étant vécu hein?

J'ai également trouvé aujourd'hui l'Universite de rêve à Accra et notamment le Centre Africain d'études des zones humides, situé sur la colline qui domine la ville dans l'Université de Legon. Si vous cherchez un post-doc ou une formation supéruee anglophone, je pense que c'est bien mieux que d'aller en banlieue londonaise... 

21:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ghana

04/03/2008

Février

Le temps me manque pour écrire. J’essaye de garder le peu de temps dispo pour profiter du temps dispo ( !?!) et donc je passe un peu moins de temps à blabatérer sur la toile. Vous avez donc échappé à :

Une note sur le décés de mon fidèle destrier Ze Yapomobile (la pijot 205) qui avait vu du pays, fait de multiples déménagements, pris un nombre incalculable de chemins en terre pour aller dans les bois et les zones humides, servie de loges de préparation de concerts à des percussionnistes fous, dans laquelle j’avais dormi, mangé, qui s’était fait rentrer dedans par des potes et qui a fini son périple dans de longs sanglots d’huile… RIP.

Une note sur un périple au Maroc, ou les joies des grèves parisiennes auxquelles on a opposé avec succès la robustesse du système D marocain. Des rigolades dues à mon super niveau d’arabe. De mon offuscation face à la facilité dont tu te retrouves avec un ami en 15 secondes « Et oui moi je suis ton ami, si tu veux on passe l’après-midi ensemble et je te montre des magasins bien pour acheter des cadeaux et voilà et tu veux du Haschich ? ». De la joie de voir la motivation des ptis gars (et filles) de WWF Maroc au boulot. De rendre visite aux cicognes, faucons et autres garde-boeufs, dans une nature magnifique.

Une note sur la permanence LPO au bord de l’estuaire du Var sur un parking blindé de Centre commercial géant. Où entre caddies bien remplis et autres frénésies consommatrices, la vue de 2 flamands roses en goguette volant vers l’Italie fait suspendre le vol du temps.

Et une note sur une marche dans l’Esterel en pleine floraison des mimosas, sous le soleil printanier.

Mais vous n’échapperez pas à cette petite info sur le bénévolat de ma chérie qui a oeuvré pour la nature en soignant des animaux sauvages dans un Centre de Soins pour la faune sauvage de PACA. Du coup j’ai eu le droit d’aller filer un coup de mains 2 weekends….

Si c'est vraiment magique pour un ornitho de voir tous ces rapaces de si près, c'est aussi bien triste de voir des animaux blessés souvent par la faute de l'homme, invonlontairement ou volontairement.

Ce qui est énervant par dessus tout, c'est de voir arriver des animaux protégés par la loi avec des plombs dans le corps. Des trucs qui se mangent pas, qui ont comme malheur d'être de régimes piscivores ou carnivores et donc en possible compétition avec l'homme (avec un petit h). Bon je ne vais pas me lançer dans une plaidoyer pour les rapaces, ce soir j'ai pas le ton comique qui conviendrait. Les faits rien que les faits, comme dirait Julie Lescaut entre 2 tranches de jambon blanc reconstitué.

Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer mais je vous mets copie ci-après d'un courrier reçu suite à un article dans un quotidien de la presse régionale aux senteurs de Pastis. Dans la série y'en a des biens, ça se pose là. Faites-vous votre propre idée, moi je ne supporte pas.... les fotes ortografiques!

Monsieur, Suite a votre article du XXXXXXX, je donne une réponse à votre mensonge. que vous soignez des Rapaces, cela est un fait mais que vous disiez devant des millier de lecteur que votre rapaces ne touche que les pigeons et autre petite Tourterelles, cela est faux. J'ai vu de mes propres yeux, votre oiseaux attraper mes poules en plein prés devant mon poullailler, quand aux corneilles, il y a trois couples aux alantours de la propriété, elle n'ont aucun soucis sauf mes poules. Dans le temps, on avait peur des Renard, fouines belettes, a l'heure acctuelle il nous faut surveiller le ciel, car toutes ses betes (oiseaux rapaces) tel que l'autour, épervier, buses (a foison) et le reste, on est obliger dans le golfe de St Tropez, d'avoir le fusil a l'epaule a chaque fois qu'on lache nos poules (on est l'equilibre dont vous parlez). Pourquoi ne pas mettre aussi des loups et des ours dans le golfe de St Tropez. J'ai perdu 11 poules en 1 an. Vos rapaces doivent par precaution passez au large de ma propriete. Salutations.

Et ben ça promet ! Comme Coga vient de commencer son boulot pour une grande association de protection des oiseaux, on a pas fini de rire je crois… D’ailleurs faut que j’aille voir si le Goéland dans la chambre d’ami a bien mangé.

22:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ornitho

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